L’automne des cerisiers en fleurs…

Non ce titre n’est pas celui d’un recueil de haikus, ces poèmes brefs d’origine japonaise qui célèbrent l’évanescence des choses et de la nature. Il est ici question d’une exposition pour tous les amoureux des fleurs en peinture. Avec cette première exposition institutionnelle la Fondation Cartier met à l’honneur un artiste contemporain parmi les plus cotés du moment, l’anglais Damien Hirst.

« Cerisiers en fleurs« 

C’est le titre de cette exposition de peinture de paysage. Une série picturale très bucolique, très colorée, et qui s’inscrit dans la recherche du geste de l’artiste peintre. Le geste reproductible instinctif, presque automatisé, un réflexe spontané machinal. Pas étonnant qu’à une époque Damien Hirst employait jusqu’à 180 personnes dans son atelier ; une armée d’assistants, des petites mains qui reproduisaient ses toiles selon sa technique picturale quasi mécanisée. Les spécialistes en histoire de l’art situent d’ailleurs son travail à mi-chemin entre impressionnisme et action painting.

« Les Cerisiers en Fleurs parlent de beauté, de vie et de mort. Elles [les toiles] sont excessives – presque vulgaires. Comme Jackson Pollock abîmé par l’amour. Elles sont ornementales mais peintes d’après nature. Elles évoquent le désir et la manière dont on appréhende les choses qui nous entourent et ce qu’on en fait, mais elles montrent aussi l’incroyable et éphémère beauté d’un arbre en fleurs dans un ciel sans nuages. C’était jouissif de travailler sur ces toiles, de me perdre entièrement dans la couleur et la matière à l’atelier. Les Cerisiers en Fleurs sont tape-à-l’œil, désordonnés et fragiles, et grâce à eux je me suis éloigné du minimalisme pour revenir avec enthousiasme à la spontanéité du geste pictural ».

Voici en quelques mots ce que l’artiste dit de son travail. Un travail de trois ans pour peindre 107 toiles dont 30 sont exposées à Paris, et où on peut admirer la fragilité et la beauté de la nature. Un travail solitaire aussi puisque Damien Hirst s’est plongé dans ses toiles pendant la pandémie, les confinements successifs lui ayant donné du temps pour les contempler et les travailler simultanément.

Ces toiles sont-elles un hommage de l’artiste à sa mère ? Elle-même peignait des cerisiers lorsqu’il était enfant… Très peu de commentaires et de légendes dans cette exposition, comme si le sujet se suffisait à lui-même. On s’immerge dans les toiles au milieu des pétales aux couleurs joyeuses. Les formats sont en effet immenses, certaines toiles couvrent des murs entiers. C’est un ravissement ! Et à mesure qu’on s’en rapproche, on découvre tous ces points, ces touches épaisses et ces projections, comme un clin d’œil à sa série Spot Paintings (1986) et/ou à Georges Seurat avec tous ces points colorés.

Finalement ces toiles sont presque comme des haikus ; on adore leur mystère, leur souffle merveilleux et les images poétiques si délicates qu’elles évoquent. J’y vois un baiser au printemps, un rayon de soleil qui éclaire la rosée du matin, deux amoureux enlacés enveloppés de pétales qui dansent… Ce moment magique des pétales qui s’envolent au vent, cette vitalité est figée dans les toiles, comme un arrêt magique sur image avant les fruits d’été, puis la mort lente avant le renouveau printanier l’année d’après. Je les observe de près et de profil et j’admire en détail l’énergie du geste : les superpositions, les coulures, les nuances et les croûtes de couleur. De près l’œil fonctionne comme un microscope avec une vision grossie du détail mais réduite du sujet. En contre-plongée j’ai un aperçu de la canopée au dessus de ma tête, alors qu’une fois éloigné avec le recul nécessaire l’œil a une vue d’ensemble qui révèle la toile dans toute sa splendeur.

Alors si par les temps qui courent vous êtes sujet à la dépression saisonnière en raison des jours qui raccourcissent, de la pluie et du froid quotidiens, cette exposition est faite pour vous! Ciel bleu, lumière rayonnante, fleurs colorées, fraîcheur, bonheur et légèreté, tous ces ingrédients sont à retrouver dans les toiles gigantesques de Damien Hirst qui fleurissent ensemble une seule fois à la Fondation Cartier avant d’être dispersées dans des collections publiques et privées. Manque plus qu’une seule chose, le parfum des fleurs. Mais là on vous laisse l’imaginer… allez un petit effort, dans quelques mois on sera au printemps.

Pour aller plus loin ou prolonger votre découverte, regardez le film documentaire sur l’artiste et son travail.

Exposition Damien Hirst, Cerisiers en fleurs

Fondation Cartier

261 boulevard Raspail

75014 Paris

Tel. 01 42 18 56 50

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