La fondation Cartier, un bel écrin un peu creux

Connaissez-vous la Fondation Cartier pour l’art contemporain située boulevard Raspail à Paris ? Sans faire exception Cartier s’inscrit en effet dans la liste des grandes maisons de luxe et autres grandes entreprises richissimes qui s’improvisent mécènes d’art et agissent pour la culture. Alors sans être dupes, même si on pense tous que ces fondations d’entreprise sont aussi probablement créées dans le but de bénéficier d’une réduction d’impôts non négligeable, on a été y faire un tour.

Une fondation du peu et du loin

Créée en 1984 par le président de Cartier International, Alain Dominique Perrin, la Fondation Cartier a pour mission de valoriser des créations artistiques contemporaines, présenter des expositions au grand public et favoriser des rencontres. Jusque là un sans faute. Elle s’attelle aussi à diffuser largement cet art grâce à des exportations d’expositions à l’étranger. Et c’est là que le bât blesse : ne cherchez pas les collections permanentes à la Fondation Cartier car elles n’existent pas, malgré un onglet « Collection » très trompeur sur le site. Ces oeuvres ne sont pas accessibles au public, peut-être cachées dans des bunkers blindés en sous-sol ou probablement à l’étranger pour partager l’art contemporain à l’échelle internationale. Mais du coup seules les expositions temporaires se visitent. Et ce jour où nous décidons de découvrir la Fondation quelle ne fût pas notre déception d’apprendre que seulement deux petits niveaux formaient l’entièreté des oeuvres à admirer. Le temps de parcourir les 4 salles, le tout était plié en une petite heure.

L’architecture Jean Nouvel

Heureusement le bâtiment à lui seul vaut le détour, merci Jean Nouvel. Encore lui ? Et bah oui ! D’ailleurs à sa façon très particulière de dématérialiser, voire de destructurer l’architecture, on reconnait sa patte boulevard Raspail, un bel écho au Quai Branly et à l’Institut du Monde Arabe. Aussi n’hésitez pas à coupler votre découverte des expositions en cours à une visite guidée architecturale (uniquement sur réservation), histoire d’agrémenter et d’enrichir un peu votre demi-journée culture. Une architecture davantage mise en valeur grâce au jardin qui entoure joliment tout le bâtiment, une création de Lothar Baumgarten, à la fois sauvage et organisée et au sein duquel siègent quelques oeuvres.

Une exposition géométrique, graphique et chromatique

Actuellement à découvrir à la Fondation Cartier l’exposition Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu qui met en valeur l’art latino-américain avec ses couleurs chatoyantes, ses formes, ses angles, ses courbes, ses lignes, et ses motifs qu’ils soient inspirés des cérémonies précolombiennes, des fêtes populaires ou de l’art moderne.

On peut ainsi découvrir le travail original de l’architecte bolivien Aymara Freddy Mamani qui crée des bâtiments fantaisistes hauts en couleurs, assez kitsch.

L’artiste colombienne Olga de Amaral travaille quant à elle le fil de coton selon un tissage aérien et étonnant jusqu’à en faire des sculptures abstraites et colorées où la matière et les vides cohabitent de façon très jolie.

On aime aussi tout particulièrement les photographies d’Anna Mariani qui invitent au voyage au nord du Brésil où les façades colorées des maisons contrastent avec la vie simple des paysans de la région.

A 103 ans, Carmen Herrera, peintre cubaine longtemps méconnue, s’attelle de son côte à représenter des formes géométriques en symétrie où l’expressionnisme abstrait s’illustre dans les couleurs vives et tranchées.

Beatriz Milhazes fascinée par le Carnaval de Rio imagine quant à elle des toiles colorées et fantaisistes où se mêlent des motifs floraux, des arabesques et des cylindres, conférant à ses oeuvres une énergie lumineuse.

Enfin pour ne citer que quelques artistes, on retient aussi José Patricio et son assemblage mathématique de dominos dont la répétition des pièces semble créer comme un objet vivant psychédélique en mouvement.

 

Série Façades, Anna Mariani, 1973-1986, tirages jets d'encre, Collection de l'artiste, Sao Paulo

Ruptura, José Patricio, 2002, Dominos contrecollés sur bois, Collection Fondation Cartier, Paris

Indien Hianakoto portant une ceinture en feuilles de palmiers, rio Macaya, Theodor Koch-Grunberg, 1903-1905

Sao Cosme e Damiao, Béatriz Milhazes, acrylique sur toile, 2014, Collection privée, Rio de Janeiro

Bambu amarelo, Luiz Zerbini, 2016, acrylique sur toile, Collection privée, Madrid

Green and white, Carmen Herrera, 1956, Huile sur toile, Collection Ella Fontanals-Cisneros, Miami

Brumas, Olga de Amaral, 2013, Sculptures en fils de coton, gesso et acrylique, La Patinoire Royale - Galerie Valérie Bach, Bruxelles, Belgique

En définitive une Fondation certes située dans un bel écrin mais qui nous laisse un peu sur notre faim. Comme pour tout l’enveloppe peut séduire mais cela ne suffit pas, il faut voir au delà des apparences qui sont ici un peu maigres pour 10,50 euros l’entrée par personne. Et sans doute que notre scepticisme n’a pas été arrangé par la comparaison à la fois idiote et inévitable avec la Fondation Louis Vuitton. Cela ne joue pas en faveur de Cartier, les deux fondations étant tout simplement incomparables. Alors si vous souhaitez visiter les deux adresses, un conseil, commencez par le boulevard Raspail et votre découverte ira crescendo.

Fondation Cartier pour l’art contemporain

261, boulevard Raspail

75014 Paris

Tel. 01 42 18 56 50

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