Fragrances du bout du monde

Plus que deux jours pour découvrir à l’hôtel Lutetia la mini exposition olfactive coordonnée par « Parfum d’Empire », une marque d’essences rares et uniques dont son créateur puise l’inspiration dans différentes traditions ; c’est donc au 45 boulevard Raspail que son fondateur Marc-Antoine Corticchiato et le photographe Fabrice Leseigneur mettent en scène le sacré, la volupté, le mysticisme et la sensualité. Il s’agit d’ « un parcours sensoriel pour partir à la conquête du plus mystérieux et du plus complexe des empires : l’empire des sens ».

Située juste à côté du lobby en entrant, l’exposition longe le bar Art déco de l’hôtel. Et une fois sur place me reviennent en tête des questions que je m’étais déjà posées il y a bien longtemps : Pourquoi se parfume-t-on ? Quelles sont ces plantes aux senteurs capiteuses qui approvisionnent les philtres d’amour ? Certaines fragrances ont-elles réellement des propriétés magiques comme s’évertuent à le croire quelques peuples marginaux ? Pourquoi nos peaux blanches sont vides d’odeur comparées à ces peaux noires somptueuses qui dégagent comme une odeur de beurre, de crème ou de poivre…parfois même un lointain clou de girofle magnifique ?

Aujourd’hui, à l’ère de notre société de consommation, on n’achète plus par besoin mais par ennui, par envie ou parce qu’on éprouve un fort désir de reconnaissance, d’appartenance ou de valorisation personnelle. Sans travestir cet article en une analyse de nos pratiques commerciales pour comprendre nos frustrations professionnelles, nos névroses personnelles ou nos manques sociologiques, il s’agit quand même bien dans le fond de bâtir son identité avec un vêtement, une coiffure, une paire de lunettes ou de chaussures, un bijou, une attitude et un parfum (le summum est même de s’en faire créer un sur mesure). Ce dernier est d’ailleurs essentiel en cela qu’il est complètement éphémère. Vous savez, c’est comme cette idée que les Dieux sont jaloux des hommes car nous sommes mortels ; notre vie humaine est à savourer intensément car on ne fait que passer et trépasser : naître, vivre et mourir. Bref, les parfums nous accompagnent de plus en plus dans nos quotidiens car ils font maintenant partie de nos environnements : les parfums d’intérieur ont la côte et de grands nez signent même les identités olfactives d’hôtels de luxe. Mais de tout temps le parfum a eu son rôle : besoin d’impressionner ses proies au Néolithique, pratique religieuse et vertus thérapeutiques à l’Antiquité qui ont évoluées plus tard en usage profane pour séduire…

Cette exposition au Lutetia est intéressante en cela qu’elle met bien en valeur les parfums; de façon très habile, ils sont comme capturés et prisonniers des murs dans lesquels  des petits carrés interactifs délivrent, sous la pression des doigts curieux, des molécules odorantes. C’est drôle et gênant à la fois car on ignore d’où viennent ces souffles qui nous inondent le visage. A découvrir, plusieurs arômes, dont mes deux préférés sont « Tubéreuse » et « Musc Tonkin ».

Je n’ai pas de recommandation à vous donner quant à la façon de procéder, c’est-à-dire est-il préférable de lire les descriptifs des parfums avant de les sentir ou est-ce l’inverse ? Quoi qu’il en soit, en préférant la surprise (sentir avant de lire), l’un d’entre eux m’a dégoutée ; il s’agit du parfum « Pierre d’Afrique » dont l’explication est la suivante : « Il s’agit en effet d’un produit semi-fossilisé issu de la symbiose entre l’environnement et les déjections d’un petit mammifère de la taille d’une marmotte, le daman. » Beurk !!

Malheureusement, cette exposition est très succincte, on la parcoure en quelques 10 minutes à peine, un instant trop court à mon goût. Alors un conseil, ne vous déplacez pas de loin simplement pour découvrir ces quelques panneaux « sentent bons » ; par contre, si à tout hasard vous passez dans le coin, arrêtez vous pour faire ce bref voyage olfactif. Mais mon avis est sans appel : dommage, peut mieux faire. Il nous manque cruellement un historique du parfum selon les civilisations, et des explications biologiques sur le sens de l’odorat. Idem pour les explications sur les matières premières et les techniques de fabrication (extraction des substances naturelles, distillation, mélanges…). Oubliées aussi les inspirations chefs d’œuvres des plus grands nez parfumeurs tels que Guerlain ou Fragonard (dont je garde un merveilleux souvenir de ma visite de l’usine de Grasse). Manquent aussi à l’appel quelques objets précieux qu’on aurait pu admirer (les flacons sont pourtant les œuvres d’art de maîtres verriers anonymes) ou  des photographies illustratives (celles de Fabrice Leseigneur sont belles mais elles n’apportent rien à la compréhension). L’exposition est donc plus qu’épurée voire incomplète et froide… c’est comme un incipit qui ne demande qu’à être développé.

Pour finir, car je sais que certains d’entre vous ont comme moi une mémoire olfactive et un parfum peut nous transporter dans des souvenirs, voici quelques mots « sentent bons » pour vous faire rêver :

lavande, jasmin, vanille, patchouli, bergamote, fleur d’oranger, muguet, santal, agrumes, rose, musc, cannelle, muguet, fleur de tiaré, menthe poivrée…

Vous en voyez d’autres ? Écrivez-les…

Exposition « Parfum d’Empire » – Hôtel Lutetia

45, boulevard Raspail

75006 Paris

Tel. 01 49 54 46 46

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2 thoughts on “Fragrances du bout du monde

  1. toujours intéressant et bien écrit merci pour ces articles instructifs ma bab ! Il me vient ylang-ylang pour ajouter à ta liste !

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